Tsergo Ri, encore plus près des cieux

by 20 novembre 2014 • Carnet de voyage NépalCarnet de voyage Népal Commentaires fermés

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Jour 8

Ce matin, la plupart des trekkeurs que nous avons rencontrés dans le bus et que nous croisons depuis quatre jours font demi-tour. Nous préférons rester encore une journée, après tous les efforts demandés pour parvenir jusqu’ici, autant en profiter ! Cette fois, je laisse mon père prendre un peu de repos, et c’est seul que je pars à la conquête du Tsergo Ri, un pic culminant à 4984 mètres et figurant parmi les incontournables lors d’un passage à Kyanjin Gompa. Les échanges avec les marcheurs croisés ces derniers jours au sujet de cette ascension me promettent une dure journée mais une récompense à la hauteur.

A l’assaut des 4984 mètres du Tsergo Ri

Étant donné la réputation de ce trek éprouvant et le souhait d’éviter la rencontre avec la brume de l’après-midi, je prends la route dès 6h30, et j’emprunte au début le même chemin que pour le trek de la veille. Je prends conscience de la difficulté qui m’attend lorsque se dresse devant moi le Tsergo Ri et son sommet enneigé, habillé de drapeaux à prières étendus sur de grands mats que l’on distingue au loin, du bas de la montagne.

Une fois la rivière franchie, me voici à commencer l’ascension qui met déjà les muscles et le cardio à rude épreuve. Un dénivelé de 1 000 mètres promet quelques difficultés physiques, à un rythme plus lent que ces derniers jours, l’oxygène se faisant de plus en plus rare. Pendant près de deux heures, la montée est abrupte mais le chemin est encore facilement praticable. Puis la neige commence à devenir mon compagnon de marche même si pour le moment il n’est pas nécessaire de marcher dessus.

Une autre complication vient perturber mon avancée : des énormes de blocs de pierres semblent être l’unique passage, les cairns (petits amoncellements de pierres indiquant le chemin) me le confirment. En observant attentivement la montagne, j’aperçois plusieurs chemins possibles dont un nécessitant une longue marche dans la neige. Je fais l’impasse sur cette option et préfère affronter les rochers que je franchis un à un, et où chaque faux pas ou glissade peut provoquer une blessure. Parfois la marche devient escalade et les mains sont nécessaires. Le bâton de marche emprunté à mon père m’est ici d’une aide précieuse. Peu à peu les mats des drapeaux à prières se rapprochent et j’en finis avec ce tronçon rocheux infernal, avec un souffle de plus en plus court qui ralenti ma progression.

L’ultime épreuve, qui fait rebrousser chemin à plus d’un marcheur, est devant moi : la neige et encore quelques rochers persistants. La difficulté est double : ne pas s’enfoncer dans une crevasse en marchant sur la neige fraiche et ne pas déraper en marchant sur les traces glissantes d’un marcheur précédent. Je remercie une fois de plus mon bâton de marche qui m’aide à m’extirper d’ici.

Une récompense à la hauteur des efforts

Après 30 minutes de vigilance et d’efforts amplifiés par un air avare en oxygène, j’obtiens enfin mon Saint-Graal, une exceptionnelle vue à 360°, sur toute la chaine montagneuse. La fatigue est oubliée un moment et une réelle satisfaction d’avoir réussi l’ascension se mélange avec l’émotion qui se dégage devant ce panorama grandiose où le seul son est émis par le vent qui claque les drapeaux à prières. Ces derniers semblent être telle une ligne d’arrivée après un éprouvant marathon.

Il faut plusieurs minutes aux yeux afin de faire le tour des pics et glaciers qui encerclent le Tsergo Ri. Malgré une altitude élevée de 4984 mètres, nombreux sont les sommets qui me dépassent et vont bien plus haut. C’est incontestablement une des vues les plus magiques que j’ai eu l’occasion de voir durant mes voyages (Voir les plus belles vues de nos voyages).

Certains diront qu’il ne s’agit que de montagnes enneigées. Mais une sensation d’immensité, de puissance et de beauté se dégage. Également un sentiment de plénitude et d’infini. Seuls des corbeaux donnent une âme de vie au lieu. Toute cette émotion est évidemment accentuée par les efforts demandés pour obtenir le privilège de se trouver devant ce spectacle. Une belle récompense après un effort considérable.

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Contemplation, séance photos et déjeuner sur le pouce me prennent 45 minutes. Je me résous à quitter ce lieu étant donné la marche qu’il reste à parcourir.

La descente est possible sur le versant opposé, où des traces de pas dans la neige sont visibles depuis le sommet. Ce chemin faisant continuellement face au soleil, il constitue le meilleur choix pour la descente au niveau de la sécurité. Au fur et à mesure de la descente, plusieurs chemins se distinguent. Je reconnais la vallée traversée la veille, 1 000 mètres plus bas. Avec un peu de logique et d’observation, il n’est pas difficile de trouver le chemin du retour.

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2h30 de marche à un rythme soutenu me seront nécessaires pour arriver au village, tout en profitant à chaque instant du spectacle naturel qui m’entoure : pics, yaks, rivière, ruisseaux, chutes d’eau…
Exténué mais heureux, je m’offre un réconfort avec les douceurs sucrées proposées par la boulangerie du village.

 

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