Trek en Norvège : Parc national de Rondane

Allemannsretten ! Il suffit d’un mot pour comprendre le lien entre les Norvégiens et la nature. Cela signifie littéralement “le droit de tous”, autrement dit, tout le monde a le libre accès à la nature, même sur des terrains privés. Et les Norvégiens ne s’en privent pas ! Ce droit inscrit dans la constitution, devenu philosophie de vie, a fait des Norvégiens des fous de nature. Randonnée, ski, canoé-kayak, VTT, escalade… tous les décors du pays sont propices aux activités sportives et au camping sauvage.

La Norvège est depuis longtemps une destination qui me fascine par ses airs de bout du monde : fjords, massifs acérés, plaines enneigées, aurores boréales… Le plus difficile étant de faire un choix parmi les nombreux centres d’intérêt.

En cette fin d’été, je souhaitais partir à l’aventure, comme j’ai pu le faire en Laponie suédoise ou en Écosse, en randonnant pendant une semaine, en autonomie. Pour cela, le choix le plus judicieux s’est avéré être le Parc national de Rondane, situé à 4 heures de train d’Oslo.

Cet itinéraire balisé d’environ 5 jours (il existe des variantes) traverse les hautes montagnes et les grands plateaux du centre de la Norvège. Idéal pour se couper du monde et prendre un grand bol d’air frais.

C’est avec mon père, avec qui je suis déjà parti en voyage au Népal il y a quelques années, que je compte découvrir une petite partie de la Norvège durant 7 jours, en finissant le séjour à Oslo. En cette fin août, l’afflux touristique est retombé mais le climat commence à se durcir et nous promet de vivre une aventure dépaysante !

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Arrivée au Parc national de Rondane

Nous rejoignons la région du Rondane quelques heures après notre arrivée en Norvège. L’aéroport abrite une gare qui dessert tout le pays. Ainsi il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au centre-ville pour ensuite repartir en train, pratique ! Il nous faut 4 heures de train, pendant lesquels les magnifiques paysages qui défilent nous plongent dans l’atmosphère norvégienne, pour rejoindre Hjerkinn, à l’entrée du Rondane, qui n’est constitué que d’une gare, d’un hôtel et du point de départ (ou d’arrivée) du trek. Nous terminons nos préparatifs dans notre chambre d’hôtel avant que débute notre marche, demain.

Étape 1 : Hjerkinn – Grimsdalshytta

Les 5° de température matinale nous plongent sans tarder dans notre aventure, avant même d’avoir atteint le sentier. Difficile de croire que nous sommes au mois d’août. Les 900 mètres d’altitude expliquent en partie cette météo rafraichissante.

Le début de la randonnée se fait à deux pas de notre hôtel, juste à côté de la gare. Les premiers kilomètres du sentier ne sont pas des plus agréables à parcourir. Le sol est spongieux et glissant, ce qui concentre toute notre attention en direction de nos pieds.

Au bout d’une heure, au niveau du refuge de Hageseter, le chemin prend une autre tournure avec le début d’un dénivelé, d’environ 400 mètres. L’ensemble de la randonnée n’est pas si rude en terme de dénivelé avec une moyenne d’environ 600 mètres positifs par jour. Cependant, à cette montée vient s’ajouter une autre complication : la météo. Une pluie fine nous accompagne durant notre marche mais c’est essentiellement le vent qui nous fait le plus de mal, claquant les gouttes d’eau sur nos visages et baissant la température ressentie à environ 0°, preuve en est nos gourdes dans lesquelles l’eau est presque gelée.

Aucune vie ne semble se mouvoir autour de nous. Les rênes pourtant nombreux dans cette région ont déserté les lieux et nous laissent seuls, face aux caprices du climat. Le regard fuit l’horizon, préférant le sol, afin de subir le moins possible les avaries de la météo. Même mon appareil photo, pourtant toujours à portée de main, est sagement rangé.

Les paysages sont pourtant magnifiques : des montagnes culminant à 1500-2000 mètres, dont certains sommets sont habillés de neige, et une végétation composée de lichen et de bruyère tout autour de nous.

Au fur et à mesure de notre avancée nous nous interrogeons sur la possibilité de poser nos tentes sur un tel relief, où le sol est soit gorgé d’eau, soit en pente, soit rocailleux. Nous verrons ce que nous réserve notre fin d’étape… Les quelques rivières à traverser nous obligent à révéler nos talents d’équilibristes, sur des cailloux instables et humides.

Toutes les étapes du Rondane sont ponctuées de refuges. Nous sommes soulagés de voir le premier de notre trek, en milieu d’après-midi, synonyme de fin d’efforts pour la journée.

Après une courte réflexion, nous préférons ne pas déballer nos tentes afin de passer la nuit dans le confort du refuge. La météo est assez exécrable pour nous dissuader de passer une heure à installer nos tentes. De plus, en sondant l’horizon, aucun emplacement ne semble propice au bivouac. Nous découvrirons demain matin, en contrebas du refuge, un espace aménagé pour le camping.

Étape 2 : Grimsdalshytta – Doralseter

Notre deuxième étape débute dans un décor bucolique : montagnes, verdure, rivières, cabanes en bois…

Après quelques hésitations sur le chemin à prendre, nous traversons la rivière et commençons la première ascension de la journée, avec environ 400 mètres de dénivelés. La météo, plus clémente que la veille, permet d’avoir un panorama dégagé à des kilomètres, une fois arrivés à 1300 mètres. Les paysages sont plus variés que la veille mais les yeux sont souvent dirigés vers le sol afin de ne pas se laisser surprendre par les nombreux cailloux qui jalonnent le parcours.

D’ailleurs, c’est un pierrier que nous devons traverser pour redescendre dans la vallée. Il est toujours délicat de traverser ces gros cailloux, qui n’offrent pas une stabilité optimale et sur lesquels les chevilles peuvent vriller en une fraction de seconde.

Cette journée s’annonce comme étant la plus compliquée lorsque l’on aborde le second dénivelé de la journée. La montée se fait raide dès le début. Et pour ne rien arranger, le sol caillouteux est de retour ! Parfois le sentier disparait et nous n’avons pas d’autres choix que de passer de cailloux en rochers, de rochers en cailloux. Toutefois, il est impossible de se perdre, le balisage est toujours bien visible.

Comme toujours en montagne, on ne sait jamais quand une ascension se termine. Arrivés à ce que nous croyons être un sommet ou une crête, un autre sommet apparait encore plus haut, au détour d’un virage… A 1400 mètres (point culminant de la journée) nous marchons sur la dernière plaque de glace de la saison, que le soleil n’a pas encore pu faire disparaitre, qui nous fait penser que le passage doit être délicat en juillet, en début de saison.

Lorsque nous atteignons enfin le point le plus haut, un panorama magnifique se dégage devant nous avec des montagnes aux sommets enneigés. Mais l’étape n’est pas terminée, un dénivelé négatif de 300 mètres fait subir quelques chocs à mes genoux. Au détour d’un virage nos zygomatiques se détendent à la vue du refuge. Il s’agit en fait de deux refuges, qui ne proposent que des chambres (pas de dortoirs) et d’un petit espace pour le camping (refuge du haut uniquement). Après l’analyse du sol, pas très plat, nous cédons pour le confort d’une chambre, et nous comprenons que nos tentes ne seront probablement pas déballées pendant ce trek.

Étant en basse saison, le second refuge (en contrebas) nous propose moitié prix, soit 25 € par personne pour une petite chambre rudimentaire mais réconfortante après cette journée intense.

Étape 3 : Doralseter – Rondvassbu

Un matin comme un autre en Norvège : vent, froid et brume nous font oubliés que nous sommes au mois d’août. L’étape du jour sera relativement plate, à peine 200 mètres de dénivelés positifs. Mais le Rondane est joueur et nous propose d’autres difficultés aujourd’hui : un sol toujours aussi caillouteux et des passages de rivières délicats.

Le temps couvert et brumeux apporte un charme particulier au paysage, avec toujours cette sensation d’être les seuls à des kilomètres. Nous croiserons peu de randonneurs sur tout le parcours du Rondane. Nous sommes à la fin du mois d’août et la haute saison (qui dure à peine deux mois) est déjà terminée.

Après quelques heures de marche, pendant lesquelles le vent se fait de plus en plus fort et nous oblige à nous couvrir comme en plein hiver (bonnet, gant, écharpe), nous arrivons au lac de Rondvadnet qui propose le luxe de finir l’étape en bateau. Les plus téméraires peuvent contourner le lac, avec une montée assez difficile et quelques heures de marche supplémentaires, mais la plupart des randonneurs optent pour le choix de la navigation, possible uniquement en juillet et en août. Et nous nous rendons compte que le plus dur aujourd’hui n’est peut-être pas de marcher, mais d’attendre l’heure de passage du bateau, prévu à 15h15, alors qu’il n’est que 14h et que le vent ne nous laisse aucun répit, accentuant le froid et la pluie. C’est dans un petit abris naturel fait de pierre, sans toit, que nous prenons notre mal en patience.

Nous sommes 8 randonneurs à débarquer au refuge après une vingtaine de minutes de navigation. Le refuge, qui est situé au bord du lac, est composé de plusieurs bâtiments et offre des espaces communs cocooning très agréables. L’association norvégienne de randonnée (DNT) est très bien organisée. Les refuges sont qualitatifs et bien structurés, malgré leur isolement.

Étape 4 : Rondvassbu – Mysusaeter

La période à laquelle nous randonnons nous oblige à modifier la fin de notre parcours. Il est coutume de finir le trek du Rondane à Straumbu, mais étant en fin de saison, les transports publics se font plus rares. Nous optons donc pour l’étape finale de Mysusaeter, qui offre des liaisons en bus jusqu’à Otta, d’où nous rejoindrons Oslo en train, demain.

Le soleil décide enfin de nous accompagner durant nos derniers kilomètres de trek, qui s’avèrent être les plus faciles à parcourir, sur une route plate. A chaque pas, nous nous éloignons du Rondane et apercevons à l’horizon le massif de Jotunheimen, avec de nombreux sommets enneigés.

La fin du trek est palpable et l’on se rend compte de l’immensité de la nature restant à découvrir en Norvège. Nous avons parcouru une toute petite partie du pays avec le Parc national du Rondane, mais la Norvège est riche d’une multitude de trésors naturels qui nécessiteraient plusieurs voyages afin d’avoir le temps d’approfondir la découverte de ce magnifique pays.


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